Chroniques, Coups de coeur, Littérature américaine

Le chant des revenants, Jesmyn Ward

C’est alors que je vois. Il grimpe à l’arbre comme le serpent blanc. Il ondule le long du tronc, jusqu’aux branches, et va s’étendre sur l’une d’elles. Et les branches sont habitées. Elles sont habitées par des fantômes, deux ou trois par branche, jusqu’à la cime, jusqu’aux feuilles effilées

Le chant des revenants.jpgLe chant des revenants, Jesmyn Ward
Editions Belfond, 2019
Traduction : Charles Recoursé

Présentation éditeur :

Seule femme à avoir reçu deux fois le National Book Award, Jesmyn Ward nous livre un roman puissant, hanté, d’une déchirante beauté, un road trip à travers un Sud dévasté, un chant à trois voix pour raconter l’Amérique noire, en butte au racisme le plus primaire, aux injustices, à la misère, mais aussi l’amour inconditionnel, la tendresse et la force puisée dans les racines.

Jojo n’a que treize ans mais c’est déjà l’homme de la maison. Son grand-père lui a tout appris : nourrir les animaux de la ferme, s’occuper de sa grand-mère malade, écouter les histoires, veiller sur sa petite sœur Kayla.

De son autre famille, Jojo ne sait pas grand-chose. Ces blancs n’ont jamais accepté que leur fils fasse des enfants à une noire. Quant à son père, Michael, Jojo le connaît peu, d’autant qu’il purge une peine au pénitencier d’État.

Et puis il y a Leonie, sa mère. Qui n’avait que dix-sept ans quand elle est tombée enceinte de lui. Qui aimerait être une meilleure mère mais qui cherche l’apaisement dans le crack, peut-être pour retrouver son frère, tué alors qu’il n’était qu’adolescent.

Leonie qui vient d’apprendre que Michael va sortir de prison et qui décide d’embarquer les enfants en voiture pour un voyage plein de dangers, de fantômes mais aussi de promesses…  

***

Merci aux éditions Belfond pour cette lecture.

Coup de coeur !

***

Jojo, il a treize ans. Mais il sait déjà tout faire à la ferme, son grand-père lui a tout appris. Si jeune et déjà plus un enfant, il veille sur sa petite soeur Kayla comme un père. Il prend aussi grand soin de sa grand-mère gravement malade. Jojo, c’est le fils de Leonie.

C’est ça qu’il fait, Papy, quand on est seuls, quand on veille tard dans le salon ou qu’on est dans le jardin ou dans les bois. Il me raconte des histoires. Des histoires de l’époque où il mangeait des massettes que son père était allé chercher dans le marais. Des histoires de l’époque où sa mère et d’autres gens cueillaient de la barbe de vieillard pour bourrer les matelas. Il arrive qu’il me répète la même histoire trois ou quatre fois. Quand je l’écoute, sa voix devient une main qu’il tend vers moi, comme s’il me caressait le dos, et alors je peux échapper à tout ce qui me fait croire que je ne lui arriverai jamais à la cheville, que je n’aurai jamais son assurance. Je transpire et ça me colle à ma chaise dans la cuisine, où il fait tellement chaud à cause de la chèvre qui bout sur la cuisinière que les fenêtres sont couvertes de buée, et le monde entier s’est réduit à cette pièce dans laquelle il y a Papy et moi.

Leonie, c’est une junkie. Elle trouve du réconfort dans le crack. Elle oublie ses enfants. Leonie est hantée par son passé. Mais aussi parce que pour Leonie, son seul amour, sa raison de vivre c’est Michael. Le père de ses enfants,  dont la libération vient d’être annoncée après une peine de plusieurs année. L’heure de prendre la route pour aller le chercher au pénitencier. Avec les enfants, cela va de soi. Un voyage qui ne sera pas sans danger.

Leonie, elle tue les choses.

Et il y a Richie aussi. Dont les mots et les actes résonnent entre les épreuves. Tel un chant funeste et incandescent à la fois, il guide les personnages vers leur lumière.

Le chant des revenant, c’est un road-trip sombre. Un voyage au coeur de la nature humaine. Semé d’embûches et de fantômes. Le passé est remué. Les vérités et les vieilles promesses peuvent resurgir. Les colères récentes et anciennes doivent s’exprimer. Pour s’apaiser.

C’est pas bon d’utiliser la colère pour détruire. On prie pour que la colère se change en tempête qui fera jaillir la vérité.

Jesmyn Ward nous entraîne dans un voyage initiatique spirituel et puissant. Une sorte d’errance hantée à trois voix. Ces trois voix résonnent tour à tour et se répondent. C’est triste et sublime à la fois. C’est poétique, autant dans l’obscurité et la clarté. Entre hallucinations et réalité, l’auteure crée un univers métaphorique pour un chant d’espoir.

« Je crois », je dis.
Et à part le rêve, c’est la vérité. Ce rêve ne me quitte pas, c’est un bleu dans ma mémoire, il fait mal quand je le touche.

Les personnages sont terriblement attachants. Même Leonie, qui pourtant délaisse ses deux enfants, on arrive à l’excuser, et à la plaindre plutôt qu’à la blâmer. L’amour comme les spectres du passé peuvent être si dévastateurs, et ravager tout sur leur passage tels des ouragans.

Le chant des revenants est un roman extrêmement intense qui explore le racisme. Mais dans lequel on ressent aussi beaucoup de tendresse et de très fortes émotions. Les personnages trouvent leurs forces dans leurs racines, leur terre et leur famille, leurs ancêtres. Des attaches rassurantes et effrayantes à la fois qui les ancrent dans une réalité certaine qu’il faut dépasser pour grandir et s’accomplir.

Le chant des revenants, finalement c’est comme une nuit avec des rêves agités. Un livre habité dans lequel résonne une mélopée hantée et éclairante. Pour trouver sa vérité dans la réalité de la vie. Un roman sublime et puissant, noir et lumineux à la fois et qui célèbre l’espoir.

 

 

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15 réflexions au sujet de “Le chant des revenants, Jesmyn Ward”

  1. Une très belle chronique, une très belle couverture et un beau titre, tous les ingrédients sont réunis pour faire déborder la pal un peu plus😔 . Merci beaucoup pour ta chronique ! ☺

    Aimé par 1 personne

      1. « Bois sauvages » et « Moissons funèbres » ! Le deuxième est plus un témoignage, elle parle de cinq jeunes Noirs qui faisaient partie de sa famille ou de ses amis et dont le racisme a causé la mort, directement ou indirectement

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